Internet Archive: Details: The Shooting of Dan McGrew (Robert Service) – un jour j’irai chercher de l’or dans le Yukon. 0
Shebam Blog Pop Wizz : Carnets de déroute – mon cousin Adéhoum publie ses Carnets de déroute, tribulations dans les contrées hallucinogènes du rock and roll, avec du sexe de la drogue et spécialement du rock and roll. Les quatre premières parties sont online, vivement la suite :) 0 J’ai vingt-et-trois ans pour la première fois de ma vie.
Et je ne sais pas pourquoi. Enfin, ça c’est pas la question qu’on peut se poser et à laquelle on répondra facilement. Non, par contre l’on peut profiter de ces dates dont la périodicité annuelle feint l’impression que l’on a de se retrouver après un cercle complet pour se retourner et voir ce qui a composé ledit cercle. Ou l’impression dudit cercle : vu qu’on ne tourne pas vraiment en rond, on avance. En tournant en rond. C’est pas très logique, mais dans ma tête ça prend l’air d’un tire-bouchon : si on tourne en rond, on se retrouve trop souvent à l’identique ; si l’on avance, on perd vite ses repères ; mais si l’on utilise deux dimensions pour tourner en rond et que l’on avance dans la troisième, on a une jolie ligne de vie à la fin de laquelle, si d’un grand coup sec on en tire la poignée, on pourra déboucher une bien belle bouteille. Et le karma dans tout ça? Là c’est un peu plus compliqué. Voyons, on a un tire bouchon. On peut dire que l’axe central de ce tire-bouchon c’est le Chi, le tube autour duquel s’enroule la vie, et dont le sens d’écoulement détermine la direction où l’on avance. Oué, le flot de la vie, une merde comme ça. Et ce tube donc, il est pas droit, il est courbé, mais sa courbe est longue, et elle n’a pas de fin, parce qu’en fait c’est un anneau, un tore. Et donc la naissance et la mort se retrouvent au même bout du tire-bouchon. Mais dans un sens différent. Et ce tore en question, son diamètre, c’est celui de la roue karmique de l’individu. Et donc le karma c’est comme un frein qui viendrait entrer en frottement avec l’instant présent de l’individu, et alors en fait si l’individu a un bon karma, ça lui fait des trucs bien, et si son karma est mauvais, il en chie. Résultat, il avait qu’à pas merder avec ça. Non mais paye ton con, hein, à aller jouer avec le frein de la destinée. A part ça, oui, y’a l’histoire du libre arbitre, et çapkihmkkcfx tsdfghjklrtyu io’(-è_çàcvbn,;&wxcvb,;: :!)pl,qqsdfghn,; 6543 je nettoyais mon clavier (parce que j’ai librement arbitré que celui-ci était sale). Nos actions sont gouvernées par 1/la pensée consciente 2/l’arrière-pensée subconsciente, qui sont toutes deux gouvernées par 1/l’acquis légalement 2/l’inné qui fait que l’on est tous différents (sauf en droits et en devoirs vis-à-vis de la Chose Publique, grosse machine visqueuse d’où rien ne sort), l’inné et l’acquis dépendent de l’environnement, de l’environnement, et de l’environnement. C’est pour celà que pour toute pensée originale, trois-cent milliards de pensées sans intérêt sont recyclées, au bas mot. Et je ne parle pas des pensées communes, des pensées superfules et de
« Ces pensées que j’ai cueuillies pour toi mon petit amour
Et que j’ai mises à sécher, entre deux pages de ce vieil annuaire
Que l’on lisait ensemble avant d’aller dormir
Et je te les ai envoyées
En recommandé
Mon petit amour*«
, sur lesquelles on peut passer, parce qu’elles n’ont strictement aucun intérêt. Ce qui revient à dire que oui ou non, ou peut-être, on aurait le libre arbitre. S’il ne s’est pas fait acheter par le président du FC Lens (ok ok, elle est mauvaise mais je m’en fous, le mec dans le métro il avait qu’à pas lire l’Equipe à côté de moi, ce que j’ai commis c’était de la légitime défense et puis je t’avais demandé qu’on n’en parle plus merci). On a donc le Tire-Bouchons de la Vie, qui est enroulé sur le Tore-Chi du Life-Flow, et en fait le « présent» c’est le passage du Frein-Karma de la Roue-Destin. En passant, je vous ferais remarquer que je viens de trouver les titres de ma trilogie de SF-macrosociale-philosophico-vis-ta-vique qui sera ensuite faite film puis manga. Prends-toi ça dans les dents, Bernard Werber. Et toi aussi Spielberg (et puis allez toi aussi, Akira Toriyama!). Voilà, j’ai pris cinq minutes pour m’inventer une cosmogonie, ça répondra au « pourquoi» du début du paragraphe. Attends je relis. Ah bin non, ça ne répond pas au pourquoi, ça dit juste « attends c’est l’histoire d’un mec qui retrouve sa chaussure parce qu’en fait OH DES PAPILLONS!!!! ah oué la vie c’est profond tu vois» .
Tout ce bordel pour en revenir au début, où j’énonce que c’est une grande première pour moi, que j’ai vingt-et-trois ans. A vrai dire, ça fait quatre ans que j’avais pas eu pour age un nombre premier. Avant ça, ça faisait deux ans et j’avais pas encore de blog. Et puis encore avant, ça faisait quatre ans, puis je me perds un peu, ça faisait deux ans avant, puis encore quatre ans avant, puis deux ans, puis deux ans puis un an puis un an puis un an puis zéro an (puisque c’était le start/stop de ma cassette karmique (parce que oué, c’est aussi comme une cassette dolby au lieu d’un tortilloni qui se mord la queue)).
J’ai vingt-et-trois ans depuis ce matin, et j’écris sur mon blog pour le dire. En fait j’écris ça dans le temps, vu que j’écris dans le passé pour publier ça dans le futur, mais je parle au présent comme si j’étais déjà dans le futur alors que tout ce que j’écris est déjà pris par les courants corioléens* du passé. Je suis hier soir, mais je suis aussi demain matin quand j’ai vingt-et-trois ans, je ne les ai pas encore et pourtant je les aurai déjà quand vous lisiez ça. On peut pas faire mieux pour l’instant (dans le passé bien sûr) en matière de machine à voyager dans le temps. Ca me fait penser qu’il faudra que je fasse ma machine à voyager dans le temps perdu, mais je repousse toujours à plus tard. Pourtant, ça me serait utile, procrastinateur que je suis. (oké oké c’était facile, mais j’ai vraiment un projet de machine à temps perdu (autre que mon ordinateur), ça marche à la madeleine et aux jeunes filles en fleur (et pour aucunes des deux je parle de celles qui font pleurer)(je viens de penser, une madeleine aux peaux d’oignons, ça doit faire pleurer vachement plus, et ça doit être un peu dégueulasse à manger aussi)).
Quand j’écris sur mon blog, c’est pas super souvent maintenant que j’ai pas le net chez moi. Je me suis dit hein plus tard, vu que ça me fera perdre du temps. Puis du temps j’en ai encore perdu résultat j’ai toujours pas le net mais ça me fait pas perdre de temps vu que j’en ai plein maintenant. Et en même temps c’est mon argent que je ne perds pas. Ce qui me vaut des louanges de mon portrefeuille. Il est cool. Mais ça me dérangerait pas de gagner beaucoup plus d’argent, histoire, je sais pas moi, d’avoir un loft avec pour décor le vrai désert de Gobi (j’allais mettre Serenghetti mais je sais pas comment si ça s’écrit comme spaghetti pour de vrai).
Dans les deux derniers paragraphes je parle de mon blog parce que je veux parler de quelquechose mais la discussion m’échappe méchament et je parle de spaghettis aux madeleines d’oignons. Je dois avoir faim. C’est un signe. Mais mon frigo a germé sur lui-même et je crois que c’est pas seulement redevenu vivant, ça a aussi développé une société relativement stable. Malheureusement, j’ai pas remporté le vote de confiance et je n’ai pas été reconduit dans mes fonctions, je ne peux plus utiliser le frigo à des faims nutricières.
Non non non! Ah si, en fait ce que je voulais dire c’est pas grand chose, c’est juste des choses qui m’ont frappées comme amusantes. Ou juste curieuses, hein, pas amusantes-ha-ha-avec-les-doigts-en-guillemets. En rapport avec mon blog. La première, c’est pour les gens qui me lisent réulièrement depuis longtemps, je me suis rendu compte que ça fait longtemps qu’ils ne m’ont pas lu régulièrement. C’est parce que je n’ai le net qu’au travail, donc je ne peux y perdre du temps que sur mon temps de travail. Et comme mon temps de travail ne me permet pas de perdre trop de temps sur le net, j’utilise le net à des fins qui ne me font pas perdre mon temps, ce qui, je tiens à le dire, est complêtement à contre-emploi (du temps!) de ce pour quoi le net a été fait : permettre aux génies scientifiques du monde entier, aux universités et aux industriels au service du meilleur bien d’échanger rapidement des films pornos. Et à bloguer des photos de chats. Donc les gens qui me lisaient me disent maintenant « t’es mort?» ou alors « c’est ton blog qui est mort?» ou même « c’est ton chat qu’est mort?» ce à quoi je réponds « non» , « non» et « c’était pour son bien, il avait qu’à pas coincer sa boulette sous le canapé» . En fait non j’ai pas de chat. Et donc un an sans net, c’est pas grave, c’est surtout les lecteurs qui en pâtissent. Mais si ça se trouve, un jour je l’aura de nouveau pour perdre du temps à télécharger des films pornos pour mon chat. Il passera moins de temps à se rouler ses boulettes, ce sale drogué. Et puis y’a aussi des gens qui me conaissent dans la vraie vie, et qui un jour sont tombés sur mon blog et alors ça les a surpris parce qu’il paraît que je suis différent dans la vraie vie et sur l’internet. Moi je dis, c’est pas totalement vrai. J’ai bien remarqué, car la perspicacité est chez moi comme un cinquième sens, que la plus grand capacité de l’humain reste encore la paraphrase. Oui, dire ce qu’on veut dire sans le dire, hein. Et donc c’est tout bonnement incroyable.
J’ai vingt-et-trois ans. L’an dernier, j’en ai eu vingt-et-deux, j’ai trouvé mon premier boulot, j’ai déménagé à Paris, j’ai rencontré des gens dont je me souviendrai et globalement ça s’est bien passé. Sauf que j’ai pas eu trop de temps pour me dédier à mes projets personnels. Il y a deux choses que je veux mettre en place avant décembre. Mais ça c’est le futur. Pour le passé, il y a aussi des cannelés que j’ai faits, des vacances que j’ai prises, des images que j’ai vues, faites, composées, des sons que j’ai écoutés, des nombres que j’ai égrennés, des mots que j’ai mentis, et même pas mal de choses dont je choisis de ne pas parler ici parce qu’il y a une différence entre mon blog et mon journal intime et que de mes histoires que je raconte ici, il y a toujours une ou deux que j’invente. C’est triste pour ceuzécelles qui veulent tout savoir mais bah! si je n’avais plus de secrets, je serais commun, je serais sans intérêt et superflu. Et exécrable, plus que dans la vraie vie.
Et à part ça, comme on le dit par chez moi « bon anniversaire pépère» . J’ai vingt-et-trois ans, et j’ai l’impression que cette année va être une bonne année. Rien que d’y penser j’en tirbouchonne.
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*ce poême posthume de Jean-Llloyd Fitz-Grospierre, dédié à sa petite maitresse (l’archibaronesse de N.), peut se lire avec deux ou trois verres de pastis-absinthe, auquel cas on le comprend comme « je pense à toi, je veux m’endormir entre tes xxxxxx» (ici, la traduction avarie entre « protubérances mammaires» et « nichons» . A vous de choisir ce qui, poétiquement, vous satisfait le mieux). Le fait que ce poême soit posthume ne fait aucun doute, vu qu’il a été composé après la mort de son auteur. C’est à mon avis le meilleur poême de son recueil « Depuis ma Table de Ouija» .
* corioléen : c’est quand même mieux que coriolycéen, avouez.
Comme ce mot me trainait dans la tête et que je ne le trouvais pas sur google, je l’y mets.
mormogombo n.m. ou adj. enfin je sais pas, j’ai juste le mot et pas de signification. Utilisez ce mot comme vous voulez.
Je suis à Bordeaux pour quelques jours. En vacances. C’est pas mal.
Résultat je regarde des Bob l’éponge, je fais des canelés, je vais à la remise des diplômes de la promo suivante (et je re-tombe re-amoureux fou de toutes les filles que j’y re-croise), mon papa me cuisine son menu #7 (celui où il ne cuisine rien et où on va à la pizzeria), on discute d’évenements qui changent la vie avec un ami que je connaîs depuis dix ans… et puis voilà, je me rends compte que la maison de mon enfance devient de plus en plus comme la maison de ma grand mêre de mon enfance, le même genre d’organisation propre qui ne laisse plus vraiment place à l’exubérance de la jeunesse, c’est juste que les parents peuvent enfin se mettre à respecter leurs petites habitudes et à ne faire que ça, sans le troupeau. Tant mieux pour eux, je dis. Mais en même temps, est-ce que ça ne veut pas dire que je ne pourrai jamais retrouver mon enfance telle que je l’ai vécue entre ces murs. C’est plus le même feelin quand je descends l’escalier. La dernière marche paraît moins haute à cause du nouveau plancher. Les toilettes ont des sièges différents. La porte du jardi fait « porte pour vieux» alors que les parents ne le sont pas encore pour de vrai. Et puis il faut tourner à gauche pour aller dans la cuisine!! alors qu’avant c’était à droite, je crois! Et puis le plancher est gondolé et y’a des petits chats! Lire la suite »
C’était une jeune fille au cou gracile.
Elle avait un menton, oui, et une bouche. Mais ils n’étaient en rien remarquables. Elle ne pensait trop rien de son nez. Un nez commun, disait-elle. On en trouve trop comme ça pour remarquer le mien. Ses yeux, c’était pareil. Les siens n’étaient pas si foncés à en faire oublier le reste. Ils n’étaient pas non plus de la couleur du ciel après la pluie, ni des forêts ensoleillées, et on n’y voyait pas passer de nuages. Juste des yeux après lesquels on ne se retourne pas, elle pensait aussi. Ses cheveux, alors? Non, elle était passée par toutes les coiffures mais ça ne servait à rien, ils étaient juste un peu bouclés et assez ennuyeux. Ils avaient été trop courts, puis trop longs, puis de nouveau courts, et c’est comme ça qu’elle avait découvert son cou. Maintenant elle les tenait arrangés en arrière à l’aide de baguettes au sommet desquelles il lui arrivait d’accrocher une breloque ou un grelot. De cette manière, son chignon dégageait son cou, et c’était, disait-elle, tout à son avantage. Car elle était fière de son cou.
Un cou qu’elle trouvait singulier lorsqu’elle l’admirait dans le jeu de réflexions de ses deux miroirs. Son cou n’aurait pas paru si parfait sur une autre, elle n’aurait pas été la même avec un autre cou. Il lui convenait totalement. C’était pour sa silhouette qu’il était fait, et c’est ce qui lui faisait si plaisir. Il n’était pas trop large pour ses épaules, mais n’était pas trop élancé et soutenait sa tête avec grâce. C’est ce cou qui pouvait la montrer sage ou radieuse, timide ou effrontée, et à ça elle l’utilisait fort bien.
Elle se dit une fois qu’elle ne pourrait jamais vivre sans son cou. L’absurdité de sa pensée lui provoqua un sursaut de rire, et son cou s’empourpra un peu car elle était en compagnie.
Il lui arrivait de se vanter de son cou, mais elle préférait le garder pour elle. Lorsqu’un amant y passait la main, elle chavirait. Lorsque dans son cou il déposait un baiser, elle fondait. Elle avait eu un chat, un petit chaton domino qui s’endormait dans ses bras, et qui promenait son museau si froid sous son oreille pour la réveiller. Même à présent, un simple souffle à cet endroit la faisait frémir et sourire et s’animer dans son sommeil.
La première chose que j’ai vu d’elle, c’était son dos. Une boucle accidentellement tombée de son chignon accompagnait la courbe de son cou, et contrastait avec sa peau légèrement rosie par le soleil d’avril. Le soleil entrait par les vitres du bus pour poser sur nous de chaudes flaques lumineuses. Le modelé de sa peau dans cette lumière me faisait penser à celle d’un fruit. Puis le bus s’ébranla. Les lumières changeaient mais son cou restait comme fragile et gracieux dans le soir qui tombait. Le bus roulait et virait, sa machine fulminait puis se taisait, reprenait ses agitations, mais toujours je voyais le cou, soutenant la tête sans la secouer. Le bus luttait, toussait et s’efforçait de faire bouger la tête, c’était inutile. Le bus était têtu. Elle aussi. Il eut un dernier sursaut, puis s’immobilisa. Ses portes s’ouvrirent.
Dans le calme qui suivit, un bref courant d’air fit battre la boucle contre son épaule. Elle se retourna à demi et arrangea ses cheveux. Puis elle surprit mon regard concentré, méditatif, fixé sur la courbe de nouveau pure de son cou ; elle me sourit et je me détournai, confus. L’âge ne veut rien dire, car quand elle me sourit, même avec des cheveux gris elle était une jeune fille au cou gracile.
Hier, en passant devant une agence d’intérim, j’ai vu cette annonce:
RECHERCHE ELECTRICIEN COURANT FORT
c’est bizarre, j’avais l’impression qu’on pouvait courir vite, ou parler fort… mais pas courir fort. On peut dire « il est fort en course» (mais moins facilement « il est vite en course» , à part si le monop’ est en bas de chez lui), mais il court fort? Et puis pourquoi est-ce qu’un électricien aurait à courir fort? un électricien ça électrifie, l’électricité c’est rapide, mais malgré toute sa célérité, l’électricité sera plus rapide que l’électricien, même si celui-ci court vite ou fort…
bref, c’est à n’y rien comprendre.
Quand j’ai dit qu’elle s’était débarassée de mes disques du Jefferson Airplaine sur eBay, c’était un peu plus compliquée que ça, en fait.
Je me réveille difficilement aux petites heures du milieu d’après midi. On frappe à la porte. Le temps que j’émerge, elle s’est mise à crier au risque de réveiller les voisins. Elle, c’est la fille Marylune, et hier soir je suis allé faire un tour sur un coin d’océan avec elle.
Quand on est revenu, je sais que j’ai mis un bon vieil Iron Butterfly pendant qu’elle préparait un trois-feuilles. Après, la soirée s’est envolée en volutes musicales bleues et mauves.
Et me voilà douze heures après, sans souvenir de ce qui s’est passé, avec une enclume derrière les yeux et elle qui frappe à la porte. J’ouvre brusquement la porte et la voilà dans mes bras par l’élan de ses coups. Elle se redresse, passe la main dans ses cheveux et tire sur sa cigarette avec son air oublieux puis sort sans mot dire sur ma terrasse.
Après un verre de « mélange matinal» café+reste de fonds de bouteilles de la veille, je sors au soleil. Elle a pris avec elle son magnéto à piles et la bande de Dashiell Hedayat. Il est en train de dévider la Long Song For Zelda, je ne sais même plus si je pense, l’hier soir me revient.
Sa voix, ses lêvres, tout son corps qui me disent « tu restes?» . Le bras que l’on replace au début du disque. Le brouillard qui imprègne nos êtres. La basse obsédante. Les vapeurs d’alcool qui s’y mêlent. Et ce dont on ne peut plus se souvenir et qui nous fait revenir, les esprits tourbillonants de délices ineffables.
J’oublie mon corps dans la douce étreinte de la fille Marylune, je me perds sur cette terrasse à ses caresses et celles de l’astre rayonnant.
Il y a une sensation qui n’égale rien au monde. C’est celle que l’on peut avoir lorsqu’une torpeur nous prend au soleil, puis que l’on ouvre les yeux de nouveau, le monde a changé.
Tout est désaturé, bleu, gris…
… et les couleurs commencent à poindre sous leur voile. Les quelques plantes se remettent au vert, au loin un palmier un peu jaune. Les chairs rosissent. La fille Marylune s’est finalement endormie.
Je vous ai déjà dit qu’elle m’a débarassé de vieux Jefferson Airplane le lendemain? Parce qu’en réalité c’est une autre histoire.
« Voilà, ne continue pas plus loin, on est arrivés…»
Je sens ses doigts sur ma nuque dénouer mon bandeau.
« … maintenant tu peux ouvrir les yeux.»
Je ne sais pas ce qui avait pris à Marylune ce soir là. J’étais passé chez elle pour rendre deux disques du Grateful Dead, elle m’avait bandé les yeux et embarqué dans sa voiture.
« Je vais te montrer quelque chose, fais moi confiance.»
Comment ne pas faire confiance à une fille qui utilise le foulard qui lui sert de ceinture pour me boucler les yeux? Une fille qui écoute le Dead ne peut pas être mauvaise, même en ne la conaissant que d’une semaine. A cette époque là, j’aurai pu suivre n’importe qui me promettant de m’en faire voir plus. Je l’ai d’ailleurs fait plus d’une fois, mais laissons les autres histoires et revenons à la notre.
Je ne sais pas où je suis. Enfin si, la musique du ressac m’a mis la puce à l’oreille. J’ouvre un oeil, puis l’autre. L’eau. Le bois du ponton. Les pieds nus de cette fille Marylune.
« J’étais jamais venu là…»
C’est le galbe de ses jambes qui retient mon regard, plus que les étoiles qui apparaîssent. Elle s’avance au bord du ponton et y pose son short, son cul est encore dedans.
Nos pieds s’étendent au dessus du soir, nos têtes dans les étoiles et la lune éblouit les vagues, qui viennent s’écraser sur les rochers en dessous.
« C’était quoi, que tu voulais me montrer?»
« ça.»
Dans la voiture, il y a un vieux jazz en boîte à sourdine, un big band vétuste et un crooner passé qui chante l’amour au bord de la mer. Mais tout ça, c’est que des conneries.
Deux jours après elle a revendu mes disques de Jefferson Airplane sur eBay.
Reppelez-vous. Il y a dix jours, j’annonçai ici mon changement de look…
Lundi matin, au frois soleil de Février je me suis aventuré pour la première fois à l’école depuis ma réactualisation capillaire. Premier contact, la secrétaire, qui n’a pas l’air de remarquer quoi que ce soit. Mais c’est pas grave, elle ne m’avait sûrement pas reconnu sur le coup. Dans la classe, plein de réactions allant de l’approbation (de la part de la seule fille de mon groupe) à l’incrédulité.
En fait, ça a vraiment commencé par la suite, quand je suis descendu pendant une pause j’ai croisé la blondinette la plus mimie de l’école, qui m’a fait une réflexion approbative en passant. En plus, ça faisait plusieurs mois qu’on n’avait pas forcément eu l’occasion de parler, et un sourire venant d’elle c’est quand même quelquechose. J’ai ensuite croisé la deuxième-soeur-jumelle, soeur de la première-soeur-jumelle (que je n’ai pas croisé depuis quelques mois), qui ne m’a pas fait de mention spéciale de ma coiffure. J’aime bien parler avec elle, même si les sujets sont parfois restreints, parce qu’elle a des yeux qu’ils sont bleus et que c’est cette façon de les presque-clore quand elle n’est pas super éveillée du lundi matin que j’aime bien regarder quand on parle. Lire la suite »
Une autre amie a failli ne pas me reconnaître. Faut dire que j’étais de dos et loin. Quand j’ai commencé à lui faire la bise elle s’est quand même rendue compte que ce n’était que moi.
J’ai eu quelques remarques rapides, comme ça. Et puis j’ai croisé trois copines qu’elles étaient toutes folles en me voyant, parce qu’elles avaient failli ne pas me reconnaître. J’ai donc appris pour la quatorzième, quinzième et seizième fois que ça m’allait un peu mieux, même si, ajoute l’une, ça enlève le côté rebelle. Mais il y a toujours ça, en désignant ma poitrine. Je réponds qu’elles peuvent les regarder de plus près, même s’ils sont un peu décentrés. C’est quand je leur dis de les toucher parce qu’ils sont durs que le charme rompt … évidemment elles étaient en train de parler de mes badges (une édition limitée du « Bordel» de Sainte-Machine et un wolverine furax de café-creed). Moi aussi, hein. Quand je leur ai proposé de m’embrasser chacune à leur tour, elles se sont enfuies. Je n’y comprends rien (en fait c’est pas vrai, hein).