Quand j’ai dit qu’elle s’était débarassée de mes disques du Jefferson Airplaine sur eBay, c’était un peu plus compliquée que ça, en fait.
Je me réveille difficilement aux petites heures du milieu d’après midi. On frappe à la porte. Le temps que j’émerge, elle s’est mise à crier au risque de réveiller les voisins. Elle, c’est la fille Marylune, et hier soir je suis allé faire un tour sur un coin d’océan avec elle.
Quand on est revenu, je sais que j’ai mis un bon vieil Iron Butterfly pendant qu’elle préparait un trois-feuilles. Après, la soirée s’est envolée en volutes musicales bleues et mauves.
Et me voilà douze heures après, sans souvenir de ce qui s’est passé, avec une enclume derrière les yeux et elle qui frappe à la porte. J’ouvre brusquement la porte et la voilà dans mes bras par l’élan de ses coups. Elle se redresse, passe la main dans ses cheveux et tire sur sa cigarette avec son air oublieux puis sort sans mot dire sur ma terrasse.
Après un verre de « mélange matinal» café+reste de fonds de bouteilles de la veille, je sors au soleil. Elle a pris avec elle son magnéto à piles et la bande de Dashiell Hedayat. Il est en train de dévider la Long Song For Zelda, je ne sais même plus si je pense, l’hier soir me revient.
Sa voix, ses lêvres, tout son corps qui me disent « tu restes?» . Le bras que l’on replace au début du disque. Le brouillard qui imprègne nos êtres. La basse obsédante. Les vapeurs d’alcool qui s’y mêlent. Et ce dont on ne peut plus se souvenir et qui nous fait revenir, les esprits tourbillonants de délices ineffables.
J’oublie mon corps dans la douce étreinte de la fille Marylune, je me perds sur cette terrasse à ses caresses et celles de l’astre rayonnant.
Il y a une sensation qui n’égale rien au monde. C’est celle que l’on peut avoir lorsqu’une torpeur nous prend au soleil, puis que l’on ouvre les yeux de nouveau, le monde a changé.
Tout est désaturé, bleu, gris…
… et les couleurs commencent à poindre sous leur voile. Les quelques plantes se remettent au vert, au loin un palmier un peu jaune. Les chairs rosissent. La fille Marylune s’est finalement endormie.
Je vous ai déjà dit qu’elle m’a débarassé de vieux Jefferson Airplane le lendemain? Parce qu’en réalité c’est une autre histoire.
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