Je viens de regarder le zapping de l’année, et finalement je n’y ai vu que de la pornographie. Des représentation de choses obscènes destinées à être communiquées au public, c’est la définition que j’utilise (je préfère clarifier avant que la moitié de mes trois lecteurs ne se précipitent sur leur tévé pour essayer de choper une redif en pensant y voir des seins des bites et des poulpes). Et ça me fait plutôt bizarre. De voir ce genre de choses à la télé, hein, pas que mon lectorat masculin soit intéressé par l’érotisme des autres. Bizarre comme une enclume dans la tête et dans le bide, que seule une presssion du bouton off de la zapette pourait faire disparaître.
Il y en a qui poseraient, avec justesse, la question « mais pourquoi regardes-tu, si c’est ce que tu n’aimes pas? » Tout simplement parce que le zapping est un des seuls programmes où je n’ai pas l’impression que la télé fasse insulte au peu d’intelligence dont je suis doté. Vrai, quoi que je regarde, quelle que soit l’émission devant laquelle je me mets devant, je me trouve toujours mal à l’aise au bout de dix minutes. J’essaye de comprendre les images qui me sont montrées. Pourquoi l’on nous montre ça. Comment le réalisateur veut-il nous faire réagir. Qui tire les ficelles. Est-ce qu’il n’y a pas derrière ça quelqu’un qui serait heureux qu’on achète ses produits. Au hasard, hein… Et puis ne commencez pas à me parler de la pub, hein… Au final, ça me fait chier, relativement très. Et lorsque l’agacement n’est pas soulevé, c’est la fatigue, l’ennui. Peut-être ne suis-je pas intéressé par des points de vue différents du mien? Non, je ne suis pas contre une bonne conversation au cours de laquelle, et après avoir été informé de divers points de vue, je peux formuler, et défendre mon avis à moi. Je ne suis pas contre les divertissements non plus, mais je me demande, en voyant ceux proposés aux heures de grande antenne des grandes chaines nationales, si finalement j’ai pas un bon vieux film qui pense, à aller voir. Enfin non, je raffole pas non plus de Bergman, mais c’est parce que j’ai pas pu télécharger les sous-titres en même temps que les films.
Enfin bon, il me vient quand même une pensée qui, et je ne le dis pas seulement par pure vantardise, me paraît frappée par le coin du bon sens, laissez-moi seulement la formuler : en fait, il m’arrive d’apprécier la télé que je regarde (traitre, traitre!), mais c’est seulement et uniquement lorsque le son est couvert par la conversation que j’ai avec une personne autre que moi-même, et que mon attention est portée plus souvent à cette autre personne qu’à la tévé dont il n’est, à ce moment là et si vous avez suivi, presque plus question. Cette autre personne peut être – et là c’est le gribouilleur qui s’exprime – une page blanche et un crayon (accompagnée d’un disque de rock & roll de bonne facture), mais c’est aussi un être de chair et d’os, d’humeurs et d’idées. Quelqu’un avec qui, finalement, la télé passe plus vite qu’à tout seul. Enfin, si c’est pour ne se demander une part de pizza tous les quarts d’heure, ça revient à tout seul. Mais si c’est pour rebondir sur des sujets que nous donne la télé (sans parfois s’en rendre compte), ça vaut quelquechose. Si c’est pour se faire des trucs coquins c’est juste histoire que ce soit la télé qui regarde.
Suis-je en train de me justifier à mes yeux (à défaut de le faire aux yeux de mon demi-lectorat (l’autre moitié étant frénétiquement à la recherche de matériel à caractère pornographique dans ces pages) pour qui ma cause est déja vouée aux gémonies) du fait que je puisse apprécier de regarder la tévé, parfois ? Y’a sûrement un peu de ça, y’a aussi beaucoup de réalisation que finalement, quand je me prends pas trop la tête, je peux encaisser beaucoup mieux. Le problème c’est de savoir si l’imbécilité dont je me pare pour regarder la télé « sympa, sans se prendre la tête », si cette idiotisme même est à toute épreuve, et si finalement je ne puis pas être contaminé – et jusqu’à quel point, voilà une autre question – par ce que la télé veut faire de moi. J’aurais peut-être besoin d’ajouter ici, avant que ce ne soit trop tard, que lorsque je parle de cette télé dont je ne raffole pas je pense expressément à toutes ces heures que l’on ne trouve pas facilement en DVD. Tout ce qui n’est pas films et séries, en gros. Quoique dans les deux catégories sus-citées il y ait une très forte quantité de déchet, mais c’est mon avis personnel.
Il faut dire que j’ai été élevé sans télé. Enfin, comme l’alcool, c’était à petites doses, chez les grands parents. Sauf qu’à présent, mon affection est plus à l’alcool qu’à la télé. Je peux apprécier un bon vin, je peux juger de la mauvaise tévé, et finalement j’ai plus de plaisir à goûter à un cru inconnu qu’à zapper au hasard. Mettez-y mes ascendances vigneronnes ou tout ce que vous voulez, le fait est là. Je ressens devant toutes les chaines ce sentiment d’aliénation de mon sens commun. À part devant Arte, et encore… je les soupçonne de pratiquer la même chose, mais avec de l’ironie (ou du cynisme, comme on dit parfois, « Cynism is the new irony« ), ce qui en fait ne la rend pas beaucoup plus supportable. Il est possible que mon avenir soit dépendant de la soif télévisuelle de mes congénères, dans ce sens où j’apprends à présent à concevoir du contenu publicitaire ou autre à destination de la télé, un savoir qui me pourraît être utile lors de ma carrière professionelle. Je me rends compte que ce n’est avec peine que je pourrai participer à cette immense mascarade, même pour nourrir foyer, femme, porcs, poulets et poussins. Embrasser contre mon gré un tel système, voilà qui risque me faire un peu mal.
Finalement quand je regarde la télé, il y a une chose qui me vient à l’esprit. J’ai envie d’aller loin. Là où les reporters ne vont que rarement, et où les télés de captent pas. Là où des gens ont besoin d’aide, par exemple, pour apprendre à lire, à s’exprimer ou plus simplement à manger à leur faim. La tévé en aura parlé trois minutes, mais le malheur de ces gens continuera après ça, alors que les clowns cannibales du PAF entreront dans l’arène ensanglantée, offrir à la plèbe béate, hurlante et grouillotante du pain et des jeux. Et si possible avec une star de la chanson et des étoiles en papier d’alu qui tombent du faux ciel. Mais bref, il est tard et le temps est venu pour moi de plonger vers le sommeil, le dernier ilôt de liberté de mon subconscient. Pardonnez-donc à un esprit fatigué ses propos fort peu organisés, clairs et intéressants et souhaitez-lui un sommeil apaisant.
Tévé, un dernier mot : je ne t’aime pas. Je n’ignore pas le rôle que tu as, partout, chez tout le monde, mais voilà, tant pis pour toi. Tu ne sais pas ce que tu rates, mais moi, je sais ce dont je me passe.
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3 jan 2006 - 11:27 Coccinelle
(Depuis trois ans, je m’en passe très bien, donc j’approuve….Mais j’en dirai difficilement autant du net…)
PS: Très bonne année à toi.
3 jan 2006 - 16:45 merriadoc
Il faut dire que je n’ai pas d’argument pour te contredire. La dernière fois que je l’ai lancée, c’était pour montrer à mon frangin la technologie freebox : « regarde, c’est vachement bien, ca marche ! » (et bizarrement, ensuite on passe à autre chose).
« Embrasser contre mon gré un tel système, voilà qui risque me faire un peu mal » : on en est tous là… :-\
3 jan 2006 - 22:44 arsenium
4 jan 2006 - 16:05 fred
(comme a pu le dire Bourdieu ou Passolini et comme dit JackUsine : » la télé commande »
(http://www.smeltery.net/)
sinon je pense qu’il ya encore quelques programmes qui valent qu’on la regarde (je pense « au dessous des cartes », « karambolage », »striptease » ou « groland »!)en prenant garde de ne pas tomber dans les emissions de faux-debats….voir pour comprendre les documentaires de Pierre Carles (« pas vu pas pris » , « enfin pris » ) et pour rester vigilant : http://www.acrimed.org/
salut et banzaï!