Ce soir, le punk-cabaret montait sur scène et le chapeau melon était de mise. Les Dresden Dolls étaient à Bordeaux.
Assister à un concert des Dresden Dolls, c’est comme prendre part à une liaison passionelle et décadente entre plusieurs univers, c’est les cris, c’est les pleurs, le maquillage qui coule et les bouches qui grimacent… D’un côté, Elle, Amanda Palmer, celle par qui la musique prend parole. De l’autre côté, Lui, Brian Viglione, celui par qui la musique prend rythme. Elle, elle est en robenuisette noire, avec des bas rayés et des chaussons de cuir. Lui, il a une chemise puis plus du tout, un chapeau melon parfois et un caleçon par dessus des collants tout le temps.
Lorsqu’elle chante, ses jambes ne tiennent pas en place, son infatigable gymnastique nous est révélée par une astucieuse lampe rouge située sous son clavier. Ses cuisses en disent parfois long sur les chansons qu’elle chante.
Lui, il se fait des grimaces quand il frappe ses peaux, mais comme il ne peut pas se voir lorsqu’il joue, ses grimaces n’ont aucun effet sur ses sons.
Mais le plus important pour eux, c’est encore leur musique. Leur étreinte est charnelle, ils se démènent, ils luttent tous deux avec leurs instruments pour se retrouver et consommer leur unison. La voix est lachée et se mèle au piano, la mélodie se transforme en cris de joie, de tristesse, alors que le rythme les accompagne, magistral comme une mécanique dont le ressort aurait été trop tendu. Mais parfois aussi, alors que le public est suspendu au fil ténu de la voix d’Amanda, seuls de petits effleurements des cymbales de Brian viennent la défier.
Tour à tour gamine, femme fatale, cantatrice tentatrice, Elle sait jouer des personalités comme elle sait jouer des jambes. Elle se lance avec une urgence passionée dans tout ce qu’elle entreprend, même pour se désaltérer ou pour débuter une chanson. Brian reste stoïque face à cette explosion de passion charnelle, un Buster Keaton qui aurait retrouvé l’usage de sa face et qui cognerait avec l’énergie du désespoir. Son rythme à elle lui donne le sien. Telle est leur relation à leur musique.
Leur musique… la foi, comment dire… On dit parfois que Zappa aurait avancé l’idée qu’écrire à propos de musique, c’était comme danser à propos d’architecture. N’étant ni rat de ballet ni disciple du BauHaus, l’analogie reste frappante.
Ils nous ont montré des chansons qu’on conaissait de leur album et d’autres chansons qu’on conaissait moins, de leur autre album. Ils nous ont aussi montré une chanson pas finie, dont elle improvisait les paroles au fur et à mesure. On a découvert toutes les chansons qu’ils nous ont montré. Celles que l’on conaissait, on en a vu une autre facette, plus brusque et plus vivante, on a découvert leur musique en action, ça aide à les comprendre.
Et ils nous ont aussi montré des chansons qui n’étaient pas à eux.
Une chanson, ils ne l’avaient pas chanté depuis plusieurs jours, et ça leur manquait. C’était War Pigs, de Black Sabbath, cette chanson là elle peut la chanter chez nous, elle nous a dit.
Elle nous a dit aussi qu’on avait l’air très sérieux quand on écoutait leur musique. Elle a été étonnée que si peu de gens aient une bière à la main.
La bière, c’était pour trinquer à la mémoire de celui qui a chanté ça, elle a dit, avant de chanter Amsterdam. Juste elle qui chantait, et Brian à la guitare. L’émotion, tout d’un coup. On chantait avec elle que dans le port d’amsterdam, y’a des marins qui chantent, qu’il y en a qui meurent et d’autres qui naissent… Ils vivaient cet instant, leur relation passionelle à la musique ne se bornant pas à leurs compositions…
We have some happy and sad songs, that’s the magic behind our music, a-t-elle laissé échapper, en cherchant une song to sing. So there’s a sad song, but not from us, avant d’entoner Tous Les Garçons Et Les Filles. Son accent est loin d’être désagréable, c’est toutefois un peu incongru d’écouter une chanson de Françoise Hardy… mais leur interprétation est toujours aussi charnelle, finalement la chanson française peut très bien passer en punk cabaret…
Finalement, après une douzaine de chansons et un rappel, ils quittent la scène. On espère qu’ils reviendront à Bordeaux, même si ce soir on avait l’air un peu sérieux comme public. Ou juste très intimidés.
Il y a pour l'instant 4 réactions à ce billet. Vous pouvez réagir ou faire un trackback depuis votre site.
Il y a pour l'instant 4 réactions à ce billet.

16 mar 2005 - 12:20 Saryon
Félicitations, c’est exactement ça!
4 avr 2005 - 15:56 mc
25 juin 2005 - 17:53 bernard
14 mar 2006 - 18:32 Coralie