On attend le début de la conférence, assis sur des tabourets. De désoeuvrement, je sors mon carnet, et je l’ouvre sur un portrait de Will, que je veux illuster avec des mots maintenant.
— « Dessine moi… »
Je me retourne, c’est elle qui m’a dit ça. Je ne l’avais pas vue s’installer sur le tabouret adjacent.
— « euh, hum… » embarassé, pris de court
— « Si, dessine moi s’il te plait »
— « Tu es déja dessinée dans ce carnet »
— « Ah? » surprise
— « Je te le montrerai bientôt »
Je pense à ce dessin, cette double-page qui m’a pris plusieurs semaines à terminer. La première partie est venue assez rapidement. Un dessin rapide au pinceau en cours de rough. Elles étaient face à moi, dans leur univers, je n’ai eu qu’à retrouver sur le papier quelques lignes, remplir quelques masses de noir… Vraiment facile. Je m’étais plusieurs fois livré à ce jeu. Essayer de surprendre une expression, une forme de visage et la reconstituer sur le papier. C’est tellement facile lorsqu’elles sont jolies!
Lors de de genre d’exercice, la représentation se sépare petit à petit du sujet, pour vivre sa propre vie ; ici le résultat ne s’est pas fait attendre. Ce n’étaient plus Celle Qui Est Brune arguant avec Celle Qui Est Blonde, mais c’étaient Celles Qui Sont Dessinées. Ou quelque chose comme ça. La séparation s’est faite lorsque j’ai posé le pinceau.
La deuxième étape est venue quelques instants après, lorsqu’un ami, m’ayant vu dessiner, a écrit sur un bout de papier « is this love? ». A vrai dire, je ne savais pas trop quoi répondre. Alors je l’ai écrit, je l’ai accolé au double portrait. Was it love? Et dans quel sens? et dans quelle mesure? et pourquoi pas? mais dans ce cas… pourquoi? et pourtant je savais que non pour de vrai
J’ai pataugé un peu. Que pouvais-je répondre à cette question? Qui posait cette question, d’ailleurs… et à qui?
Si je l’ai marquée, c’est parce qu’elle me disait quelque chose. Je ne sais pas quoi, exactement, c’est que j’essayais de trouver. Finalement, aucune réponse valable ne venant je me suis demandé pourquoi j’agissais ainsi. Pourquoi j’avais noirci des pages entières au début de l’année, pourquoi j’avais essayé de capturer ces visages parfois candides, parfois divins, parfois juste un peu fatigués…
Je n’ai pas voulu répondre à la question. J’ai rebondi, j’ai répondu par une autre question. « or some weird kind of stalking nevrose » sans rien d’autre. Sur toute la page. En blanc sur noir, à l’inverse de son vis-à-vis. Le choix des mots a été prépondérant. Il me fallait remplir la page, donc ni des mots trop longs, ni trop courts. Des mots que je puisse organiser, autour desquels je puisse jouer. Des mots que je sois seul à comprendre du premier coup, aussi, pourquoi pas.
Ma réponse à la question n’était pas satisfaisante, car pas exhaustive. D’autres choses étaient sûrement possible. Mais quoi, je l’ignore encore.
Tout ça, je ne pouvais pas le lui dire, ça faisait trop, même pour moi.
Plus tard, je lui tends mon carnet. Si je ne suis pas prêt à le lui montrer, tant pis. Après tout, elle a demandé à le voir.
— « Le ruban marque la page »
temps
— « Is it love? mais, là c’est moi? »
— « hum, heu, oui »
— « or some weird … tu as voulu dire quoi, là? »
— « weird, tu sais, étrange bizarre … »
— « t’es sûr que ça s’écrit comme ça? »
— « Ben … ouais, quand même » je me retourne vers matthieu et lui demande, c’est bien ça
— « ah, bon … je croyais que c’était W-E-A-R-D »
temps
— « stalking, ça veut dire quoi? c’est un truc genre dérangé mental? »
— « oui, quasiment, ça a plutôt un sens de poursuite… » je souris. finalement, c’est exactement ce que je voulais dire, même si le terme stalking n’a pas tout à fait ce sens là.
— « ah, merci… »
silence
elle feuillette le carnet, mais revient de temps en temps sur la double-page du dessin. pendant ce temps j’entame une discussion avec matthieu à propos d’une fille, dont je dresse ensuite un rapide croquis.
je reviens vers Celle Qui Est Brune. elle me montre une des premières pages du carnet.
— « C’est un autre dessin de moi, ça? »
— « Oui, au début de l’année c’est fou ce que j’ai pu vous dessiner… »
elle sourit. là il n’y a pas de question bizarre qui soulèvent des nuages de points d’interrogation.
elle me rend le carnet.
— « Tu me redessineras à nouveau, hein? »
— « Pas tout de suite, je suis sur une page »
— « oui, bien sûr… »
— « alors oui, pourquoi pas »
Après, il y a une pause. Des gens s’en vont, puis les autres reviennent à leur place. Elle discute avec la fille dont j’ai esquissé les traîts un moment plus tôt. Je ne peux pas m’empêcher de dessiner sa silhouette, de profil. Les épaules, les bras croisés qui me cachent la courbure des seins, le dos, les fessses, les jambes en deux étapes. puis je remonte, la tête que je pousse trop en avant, les jambes, le pli des bottines, le pull… Tout très rapide, juste le temps de terminer avant qu’elle ne revienne à sa place. C’est à sa manière de n’avoir l’air de rien que je me suis rendu compte qu’elle avait ce qu’elle voulait. Juste un petit dessin.
Beau joueur je lui montre le carnet.
— « Oh, mais tu m’as fait le cul trop gros »
— « heh, tu sais, trente secondes … »
— « hmm, oui quand même… »
Puis la typographie a repris le dessus, puis ça a fini, et on est partis en week-end.
Et puis finalement, je n’ai pas pu illustrer le portrait de will avec des mots. Ce sera pour une prochaine fois. Par contre, j’ai cru deviner que Celle Qui A Un Si Charmant Accent Bolivien (Car Elle Est Bolivienne) utilise un Moleskine. J’ai pu étonner matt en lui prouvant que ne pas utiliser son poigner pouvait être un avantage (pour dessiner).
Je ne sais pas au juste ce que j’ai pu communiquer à Celle Qui Est Brune. Cette fille est une énigme.
Is it love? or a weird kind of stalking nevrose
EDIT: Voilà l’image en question (cliquez pour voir en grand)
![]()
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19 fév 2005 - 2:21 Olivier from Paris
Enfin, quand tu ponds des trucs aussi chiadés et intéressants même si l’anonymat jette un flou.
Quand j’avais 20 balais, j’écrivais des trucs dans un canard, des trucs que je coyais intelligents. J’ai relu mes torchons à 30 ans. Bon… Heureusement l’on grandit. Enfin la plupart d’entre nous, y a des contre-exemples… ;o)
Bref, à 20 balais je me croyais intelligent. Chuis admiratif des mecs de 20 ans qui le sont vraiment, intelligents…
clap, clap, clap
19 fév 2005 - 2:23 Olivier from Paris
J’ai visité les links vers de très très beaux moleskines. J’ai la fibre titillée.
19 fév 2005 - 12:46 merriadoc
19 fév 2005 - 17:54 Joachim
: )
21 fév 2005 - 11:29 Marie
En revanche, pour l’égoïsme du blaugueur, j’ai besoin encore de temps… oui, c’est ainsi, il y a des cerveaux à qui il faut beaucoup de temps pour aboutir à beaucoup de riens…
Je reviens sur mes positions… il y a de l’égoïsme dans le blog, certes… mais il y a autre chose, de plus subtile, que j’ai de la peine à nommer. Il faut que je lisent d’autres postes et que je laisse mûrire le tout.
Je vous redirai.
21 fév 2005 - 11:32 Marie
veuillez m’excuser.
y a pas de Monsieur circonflexe avant un s,
ni de « nt » après que je lise.
21 fév 2005 - 16:51 Olivier from Paris
Marie… Qui tu croix que sa dérenge les fôtes ?
;o)
Je trouvais juste joli le monsieur circonflexe, alors je te l’ai signalé… Va pas croire que tu me déranges, oula…
Je suis chiant, pénible même avec les fautes, peut-être parce que j’en ai fait pendant longtemps pis maintenant que j’en fais moins, ça me semble évident, mais bon… ;o)
Et pis j’ai relu mon commentaire sur les couilleries, je comprends que t’aies rien compris, j’ai sauté une étape, et pis t’as lu ça le matin pis t’as pas l’air du matin, je me trompe ?
;o)
Bon, sinon m’sieur du sud… Je crois que j’ai réussi à envoyer une requête à Free pour obtenir une récapépète. J’ai essayé trente-six fois et ça a fini par prendre… Maintenant, j’ai eu un message me disant qu’ils allaient m’envoyer tout ça à mon adresse de liaison. Aucun moyen de vérifier si mon adresse de liaison est la mienne ou celle de « ON »… Tout ce qu’on peut checker sur leur fabuleux site est son email de liaison, pour ce qui est de son adresse de liaison en vraie, c’est le grand mystère… Alors bon… Comme j’ai fait ça durant mon autre vie et que j’habitais pas encore vraiment à Montmartre, p’têt que « ON » va recevoir mes codes, p’têt que Free me facture à Montmartre et croit que je crèche encore à « ON » ? Bref, Free c’est pas cher, mais c’est caca…
21 fév 2005 - 18:03 Joachim
21 fév 2005 - 18:58 Saryon
22 fév 2005 - 10:18 Marie
Et sinon, je suis plutôt du matin… d’où aussi que je suis toujours ici le matin et vous le soir.
Eh! Ai des choses à faire de mes 24 heures! Et pour l’instant, des heures en plus, je n’en ai trouvées que le matin.
Pour Joachim: oui, le blog t’est visiblement un bon mode de fonctionnement.
22 fév 2005 - 13:40 Marie
« Nous naissons, pour ainsi dire, provisoirement quelque part; c’est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour y naître après coup, et chaque jour plus définitivement ».
22 fév 2005 - 15:42 Olivier from Paris
Pis, non elles me dérangent pas tes fôtes. Faut me croire. Pis je vais pas te noyer sous les explications, mais il me semble que tu demandais s’il y avait une vie la nuit, dans ton premier commentaire, pis tu disais que « dure dure les mots du matin »… Pô grave. Oublie.
Pis Joachim, t’es fort quand même… ;o)
22 fév 2005 - 15:49 marie
Je ne te vouvoie pas. Je m’adresse à vous, toi et les autres.
Si je demandais si les gens vivaient la nuit c’est que la pluspart des commentaires venaient des pénombres. Et dure les mots du matin parce qu’il faut bien se trouver des excuses quand on ne trouve pas ses mots… oui c’était un peu facile, je l’admets volontiers.
Et puis preuve, tu es par là, et ce n’est pas la nuit.
22 fév 2005 - 16:24 Olivier from Paris
Euh, non, ce n’est pas la nuit, mais preuve de quoi ? Que je suis là le jour ? Euh ben oui. M’enfin pourquoi j’y serais pas ? Euh…
Cela dit, je passe. C’est pas passionnant et ça floode inutilement le blaugue du suddiste.
22 fév 2005 - 16:39 marie
Je me suis dit que finalement l’espace réservé aux commentaires pouvait devenir une place pour une personne, moi en l’occurence pour faire un « mini-blog », genre, chaque jour un p’tit commentaire sur mes journées. Je ne le ferais pas tout comme je ne ferai pas de dessins dans le carnet d’un autre, même s’il est grand ouvert et qu’il y a un crayon posé à côté.
Mais concrètement, ça ferait quoi?
22 fév 2005 - 17:51 Marie
M’enfin, je ne sais pas si je dois vraiment mettre un commentaire(ici, sur le Blaugue à Beleg).
Après une expo c’est toujours pareil, si j’ai beaucoup aimé je n’écris rien parce que j’ai toujours l’impression que j’amoindrirais la beauté de la chose et si je n’ai pas aimé je n’écris rien non plus parce que, quand même, c’est salaud.
22 fév 2005 - 18:45 Olivier from Paris
;o)
;-)
=)
Tu vois que ça sert d’être artiste scientifique et littéraire, le suddiste… ;o)
Bah je sais, t’y peux rien si t’es irrésistible…
Bah…
Promis Marie, j’arrête, mais j’ai pas pu résister, pardon…
;o)
23 fév 2005 - 9:37 Marie
23 fév 2005 - 12:51 Olivier from Paris
23 fév 2005 - 13:24 Marie
23 fév 2005 - 13:55 Marie
23 fév 2005 - 19:56 Olivier from Paris
C’est moi qui ai mixé, pas toi… ;o)
24 fév 2005 - 3:01 Saryon
24 fév 2005 - 14:58 Olivier from Paris
Enfin « on », je sais pas, mais toi… Oula, on voit que toi, t’es partout, faudrait voir à arrêter de flooder le blaugue des autres comme ça, t’éxagères ! Arf…
;-)
M’enfin… Euh, pourquoi ? Faut pas ? C’est trop ? C’est pas intéressant ?
Tavernier ? M’sieur l’suddiste ? Joachim (troidé, oboulot…), je demande sérieusement… Trop ?
25 fév 2005 - 13:03 Marie
et pour Olivier: mal à l’aise pas d’avoir pensé ce que j’ai écrit mais d’avoir pris tant de place pour l’écrire.
26 fév 2005 - 12:21 Saryon
26 fév 2005 - 14:54 Olivier from Paris
28 fév 2005 - 1:28 Saryon
(la sortie c’est où svp :p)
28 fév 2005 - 3:06 Olivier from Paris
Forte récompense (ça marche parfois…) à quiconque me donnera des nouvelles du sudiste tavernier (on l’aurait réellement aperçu cette nuit rôdant dans le marais Poitevin, chuchotant « liibeeeeeellllluuuuuuuullleeeuuuhhh, petiiit hhhelikoptèreuh… », mais le témoin n’est pas fiable, il boit, c’est de notoriété publique dans les environs.
Eh… Marie… Je suis pas le sudiste, peut-être me trompé-je, peut-être qu’il en peut plus, peut-être qu’il nous maudit de remplir son e-Moleskine avec des trucs loins de ses posts et de ses envies, mais dis-toi qu’il a le pouvoir, Marie…
1 mar 2005 - 11:26 Marie
6 avr 2005 - 2:49 Eden
et vois : leur corps est comme un fiancé,
fluide en son repos comme l’eau d’un ruisseau,
vivant passionnément et merveilleusement
de la vie belle d’une chose belle.
En sa sveltesse se concentrent la faiblesse
et l’anxiété issues de tant de femmes…
Rainer Maria Rilke
Le livre de la pauvreté et de la mort
6 avr 2005 - 2:50 Eden
et vois : leur corps est comme un fiancé,
fluide en son repos comme l’eau d’un ruisseau,
vivant passionnément et merveilleusement
de la vie belle d’une chose belle.
En sa sveltesse se concentrent la faiblesse
et l’anxiété issues de tant de femmes…
Rainer Maria Rilke
Le livre de la pauvreté et de la mort
6 avr 2005 - 2:50 Eden
et vois : leur corps est comme un fiancé,
fluide en son repos comme l’eau d’un ruisseau,
vivant passionnément et merveilleusement
de la vie belle d’une chose belle.
En sa sveltesse se concentrent la faiblesse
et l’anxiété issues de tant de femmes…
Rainer Maria Rilke
Le livre de la pauvreté et de la mort