Le Blaugue

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Flora ?

20 jan 2004

De temps en temps certains visages sautent aux yeux. Non que je conaisse les propriétaires de ces visages, mais je reconnais la forme, je connais toujours quelqu’un qui ressemble à tel ou tel inconnu.
Et puis de temps en temps un visage, une paire d’yeux ou même une bouche suffisent à me replonger dans la tasse de thé dans laquelle je trempais mes madeleines à l’époque où la Terre était plus jeune et moi de même. En fait, quandje l’ai vue, j’ai failli tomber de mon vélo. Heureusement qu’aux feux rouges j’ai mon pied à terre …
Je venais de m’arrêter au feu rouge quand de l’autre côté de la rue mon regard est attiré par un chapeau. C’est plus fort que moi, dès que je vois un chapeau, je ne peux pas m’empecher de regarder s’il est bien porté, s’il donne la classe etc … Or là, le chapeau (Borsalino noir, avec grande veste noire, visage un peu cadavérique et cheveux plus très courts) discutait avec une fille, elle même tenant à la main un vélo (modèle blanc pliant de fille, genre ancien vélo, ça fait roots). Si c’est aussi précis dans ma mémoire c’est parce que je ne fais rien dans ma journée qui ne vaille autant la peine que le fait de se souvenir de chaque regard féminin capturé. Et puis comme dit l’adage, « les gens horribles n’ont pas d’histoires sentimentales » (regardez donc l’Homme de Néanderthal, Quasimodo, Gollum ou Justin Timberlake) et ainsi de suite, nous arriverons à retourner au sujet qui nous intéresse de fil en aiguille à propos de ce dont je parlais, à savoir la fille du coin du feu rouge du coin de la rue …

Et voilà, cette fille, qu’avait elle de si spécial ? Elle me fait simplement penser à quelqu’un, pensais-je, ou plutot à quelqu’une, vu que dans ce cas c’était plutot à une fille que cette fille me faisait penser, ce qui somme toutes n’est pas absolument illogique… Mais pourquoi et à qui ?
Elle termina alors la conversation avec son ami capelous (patois pour ‘qui a un chapeau’), qui monta dans un bus avec sa grosse valise (et l’on entendit plus jamais parler de lui), je pus alors l’observer à loisir, vu que maintenant elle tournait son visage vers la rue, donc peu ou prou dans ma direction, et elle attendait le feu vert pour traverser. Que du bonheur… A part la nuit qui commençait à tomber …

Et vlan.
Voilà à qui elle me faisait penser. La révélation faillit me jeter par terre tellement le ciel et toutes les fondations du royaume dans les nuages me tombaient dessus (de toute façon ils ont pas besoin de fondations, ils font leurs maisons sur pilotis). Flora. Flora, un nom tout simple qui fait 8 points au scrabble, mais qui pour moi évoque pas mal de choses … déja ça me replonge dans le monde du conservatoire de musique … Un monde de requins où seuls les plus requins avaient trois rangées de machoires, un monde de rapaces où seuls les rapaces avaient une telle vue, de telles serres et une telle envergure … Un peu comme le monde de fauves de l’Académie des beaux-Arts de Bordeaux, où seuls les plus fauvistes peignaient avec des couleurs si franches, et chaudes, et bleues, et mauves, et vice versa …
La musique, ma vieille Mémésis, celle qui se venge avant même d’avoir une bonne raison, recquiérait de moi untravail phénoménal. Pensez, jouer de la contrebasse ! Aller au cours une fois par semaine !! Aller au cours de Solfège !!! Et en plus de cela, j’avais rejoint pour mon propre plaisir une chorale d’élite des meilleures voix d’enfants du conservatoire. Chanter ici me permettait de ne pas assister au cours de chorale, vous pensez d’une aubaine ! (hmmm, quand on y repense …)

Ah! le choeur d’enfants … J’avais quoi … l’age du collège, je découvrais petit à petit le monde qui m’entourait, les conneries avec les copains, la chef de Choeur du choeur d’enfants, les cours rébarbatifs (solfège, contrebasse, allemand, math, français, russe histoire géo musique sport …), l’insondable mystère des filles qui sont différentes des garçons, la chef de choeur du choeur d’enfants, etc … (faut pas que je commence trop de hors sujets, donc je me recentre, désolé pour ceux qui attendaient une liste plus exhaustive)

Et là, y’avait Flora, au choeur d’enfants. Ce qui est incroyable, c’est qu’à la simple mention ne son nom, ma gorge se noue … ou bien c’est quand je revois la seule photo que j’ai d’u choeur (et d’elle, donc). Cette fille possédait un charme énorme. Envoutante, elle était. D’origine sud-américaine, elle avait été adoptée je crois. Elle venait de Bolivie si je me souviens bien, avait une cousine américaine, et elle avait une voix superbe. Vraiment très belle voix. Et du coffre …
Et chaque fois que je me trouvais en sa présence, je n me souviens plus de rien. Comme si j’avais été immobilisé, pétrifié, complètement sans cervelle … Ca me fait drôle d’en reparler maintenant, avec quelques années de plus mais rien de très tangible acquis durant ce laps de temps … Si je la recroisait, mettons au hasard au CAPC, au bras d’un mec, mettons, est-ce que je la reconnaitrais à coup sûr ? est-ce que j’irais lui parler ?
La magie du net m’a fait voir une photo d’elle relativement récente, alors que je composais ce poste. Une seule chose m’a frappé avant que je ne commence à trembler à me baver dessus en fixant l’espace indefini derrière l’écran. « Elle n’a pas changé »
Toujours le même sourire, très fin, très doux, presque plus expressif que celui de la Joconde. Les mêmes yeux, légèrement en amande, très sombres, des puits où un esprit non averti pourrait se perdre irrémédiablement … Une coiffure plus sage, garçonne (alors qu’elle était volontiers décalée, back in the time), son nez quoiqu’inparfait soulignait la perfection des yeux et de la bouche …

Voilà à qui cette fille au coin de la rue me faisait penser. Voilà où sont parties vagabonder mes idées, et où iront surement mes rêves cette nuit… Et pourtant cette fille n’avait même pas la forme du visage semblable … seule sa silhouette et quelques ombres faciales me trompaient… ce n’était pas Flora…
Flora. Eussé-je été un peu plus agé, un peu moins empotté, un peu plus extraverti, un peu moins timide, un peu plus sûr de moi, un peu moins défaitiste, un peu plus jeune premier, un peu moins tergiversateur je pense qu’un jour j’aurais pu arriver à discuter avec toi. Mais le pire est arrivé avant le jour où j’ai mué, et où j’ai du quitter la chorale dans laquelle j’avais passé de si belles années semaines journées de si beaux concerts, depuis ce jour là, je ne chante plus comme avant. Parfois même je ne chante plus du tout.

Sauf que l’an dernier je crois bien que c’est elle que j’ai croisée au bras d’un bellâtre au CAPC.
D’ailleurs j’ai une théorie au sujet de Flora, de la perfection féminine, des Muses des artistes, et aussi des zasiatiques … mais pas le temps de l’exposer. On verra plus tard…

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Réactions

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  1. 10 mar 2006 - 22:26 Le Blaugue à Beleg » Le bonheur c’est de s’en rendre compte. » Par Joachim
    [...] En fait, c’’zt peut-être juste la fatigue qui fait que j’écris avec les yeux fermés, je sais que j’ai fait quelques fautes au début de la phrase, mais je pense ne pas en avoir fait depuis. Tout dépend de la définition du début de la phrase, aussi. Depuis le début de la semaine, j’ai l’impression d’être comme un équilibriste sur une corde suspendue à 20m du sol, qui fait des zig-zag et est en pente raide. En plus de ça, il pleut. Et pas seulement sur la ville, ni seulement sur mon coeur, mais aussi dans un couloir de mon école, dans la véranda de ma maison et en ce qui me concerne, à peu près partout, de l’esprit aux boyaux. Il m’est arrivé des trucs, comme la perte de mon seul frein de vélo alors qu’il pleuvait, un cours auquel je ne suis même pas allé parce que je me suis découragé (quand le trajet fait 40% de la longueur du cours et que c’est sous la pluie, ça ne m’intéresse pas). Depuis cette semaine il y a aussi un parfum qui me hante, un parfum dont j’avais oublié que jy avais pu attacher autant de trucs émotionels, ça me rappelle que rien ne sert de nier, le passé revient toujours à point. En parlant de passé, il y a aussi le souvenir de cette fille si spéciale qui est revenu me hanter. Et puis l’humidité de la pluie me fait mal à l’épaule, j’espère en avoir changé dans cinquante ans. Et aussi le printemps va pas tarder à pointer le bout de son nez, me faisant moucher le mien. Oué, hein, l’allergie aux pollens c’est vraiment la merde, j’en parle pas beaucoup sur le blaugue mais j’en chie un maximum. Il va falloir que je reprenne le traîtement de désensibilisation. Un peu d’insensibilité dans ces muqueuses bouchées. [...]