Le Blaugue

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Delphine ? (attention, long post)

08 nov 2003

Ça faisait longtemps que je songeais à écrire un post à son sujet. Longtemps comme six mois, longtemps comme la dernière fois que je l’ai vue … Et c’est maintenant que l’occasion se présente, maintenant que j’ai envie d’en parler, envie de m’écrire cette petite histoire, de me décrire ce dont je me souviens et que, si je ne fais pas d’effort de mémoire, j’aurais tôt fait d’oublier.

Je n’aime pas me souvenir de mes rêves. Je rêve, je ne peux m’en empêcher. Parfois, j’en suis conscient ; dans ces moment là, je vis ces scènes, que mon intellect invente, puis je les revis, dans mes demi-sommeils puis lorsque je suis pleinement éveillé.
Souvent, les rêves les plus irréalistes sont ceux auxquels on croit le plus, les situations les plus bizarres, décalées sont celles auxquelles l’esprit s’accroche. Puis il y a des rêves qui nous paraissent moins irréalistes. Mais on sait que ces rêves sont faux, et parfois ça fait mal.
C’est un de ces rêves réalistes mais irréalisables que j’ai eu cette nuit. Un rêve dont je ne me souviens que de peu de choses.
Un. Cette fille s’appelle Delphine, je la connais depuis deux ans, à peu près, mais je l’ai perdue de vue. (j’ai changé le prénom … mais le personnage reste le même)
Deux. Suite à une petite histoire (dont je ne me souviens plus des tenants et des aboutissants), je me retrouve avec elle. On marche dans les rues sous un soleil pas tellement irréel. Je la tiens par la taille aussi naturellement que si je le faisais depuis le commencement du monde. Quand j’y repense, je revis encore cette sensation, au niveau tactile … les plis de son long t-shirt près du corps, le léger balancement de ses hanches qui rythment sa démarche … Dans cette partie du rêve, j’étais vraiment dans mon personnage, à la différence de ce qui va suivre.
Trois. Elle parait triste, elle a un peu changé (vieilli ?) depuis la dernière fois que je l’ai vue.
Quatre. Vision floue d’un baiser. Là aussi je le ressens au niveau tactile, mais j’ai une vision externe de l’action. Mais je sais que c’est moi.
Cette dernière scène est floue dans mes souvenirs, il se peut que je l’aie rajouté inconsciemment à mes souvenirs de ce rêve …

En me réveillant, j’avais un goût bizarre dans la bouche. Le crâne tout engourdi. Et puis l’esprit tout occupé par des lambeaux de mon rêve … Je n’aime pas ce spleen qui arrive sans raison, alors qu’on aimerait passer une journée tranquille, calme, bosser un peu, geeker, trouver de l’inspiration dans des artistes et des musiciens inconnus …
Et c’est après ce type de rêves que j’ai du mal à avoir une bonne journée. Généralement, c’est lorsque je me souviens de mes rêves que je broie du noir, que je n’arrive pas à dessiner, que je visite en boucle les mêmes sites, que je reste à écouter An American Prayer, l’album spleenesque de Jim Morrison & The Doors … Et le mauvais temps n’ajoute rien à l’affaire. Paye ton automne …

En fait, là ce n’était pas le rêve en lui même qui m’a fait ça. Enfin si, c’est la présence dans ce rêve de la petite Delphine. Et l’intérêt que je lui portais dans le rêve. Et mon subconscient qui me fait poser des questions qui n’étaient qu’à demi esquissées … Qui ? Pourquoi ? Quand ? et en premier lieu, la question à laquelle je ne peux pas répondre pour l’instant, Que devient-elle ?

Le texte commence à devenir un peu long, et comme j’aime bien avoir des statistiques qui me réjouissent, je vais couper ici. Cliquez pour avoir la suite sur la prochaine page… (si ça marche)

Ça a marché ? bon, tant mieux, je vais pouvoir continuer tranquillement.
La ptite Delphine. C’est depuis que je ne sais pas où elle est actuellement que je me rends compte aussi que je ne la connaissais que très peu. Un peu parce que j’avais discuté avec elle, un peu aussi par ce que d’autres m’ont dit à son sujet et à celui de sa famille.
Sa famille est arrivée à Bordeaux au début de l’année scolaire il y a deux ans, en 2001. Ils étaient auparavant à Paris, et sûrement au hasard d’une mutation, ils sont venus s’installer à Bordeaux, au début de ma rue, dans l’Immense maison qui était à vendre à ce moment là. J’aurais pu ne jamais la connaître, mais le hasard a voulu qu’elle se fasse inscrire dans mon club équestre. Et le hasard, qui ne fait jamais les choses à moitié, a voulu qu’elle ait ses cours dans la même reprise que moi. Donc voilà, au début de l’année, nouvel horaire pour moi, nouvelles têtes, nouvelle monitrice, et nouvelle nouvelle : la blondinette que personne n’avait jamais vu ici, qui arrivait tout droit de la région parisienne … D’habitude, au club d’équitation, je ne suis pas un grand bavard (je n’en étais pas un, plutôt, vu que je viens d’arrêter) ce qui fait qu’une fois le tout fini, le cheval brossé et récuré, j’enfourche mon vélo et je rentre chez moi, en remarquant bien une grande voiture sortant du parking, avec dedans la blondinette dont je ne me souvenais pas encore du nom. Et en tournant dans ma rue, après dix minutes de chemin, je revois la même voiture et Delphine qui en sort.

Coïncidence, coïncidence, que d’histoires sans intérêt ont commencé par ta faute !

Quelques jours après, on apprend par notre voisine qui fait office d’indic pour tout le quartier que la famille qui vient de s’installer, bah voila, patati et patata … de fil en aiguille, quelques semaines après on en vient à organiser les accompagnements aller-retour pour le club hippique. J’apprends que la ptite Delphine est dans la classe d’un meilleur ami d’école primaire mon petit frêre, dans mon ancien collège.
Non, c’est pas compliqué : mon frêre s’est fait cet ami à l’école de quartier, mais il n’a pas poursuivi dans le collège de quartier, alors que son ami restait. Ce collège de quartier, je l’ai fréquenté pendant deux ans. À part le fait que j’étais dans une classe avec des musiciens germanistes, le collège n’était, et n’est toujours, pas tellement bien fréquenté. Faut dire que le quartier en question n’est pas très reluisant … La gare, avec ses sex-shops, près des quais, avec ses morues, et ma rue, avec ses cités, c’est pas ce qui attire vraiment les riches, les bourgeois et la sécurité. Fin bon, le quartier n’est pas non plus déclaré ZUP ou ZEP, c’est juste que j’aime pas trop m’y promener le soir …

Elle était sympa, nature, mignonne, au physique encore un peu enfantin, fin bon, pas de style particulier, ou plutot celui qu’ont les filles de troisième qui n’ont rien de spécial… Et avec du charme, du moins assez de charme pour que je le remarque.
L’année de terminale étant ce qu’elle est au point de vue du travail que je devais fournir, pis étant assez taciturne et solitaire (bien que déja geek artiste frustré), j’ai pas vraiment approfondi le peu de relations qu’on avait ; faut pas non plus oublier qu’elle était en troisième. Elle montait plutôt bien à cheval, pis voilà, des fois sa mêre nous accompagnait au club, des fois c’était la mienne qui le faisait, et souvent on y allait chacun de notre coté.
Au cours d’un de ces accompagnements, sa mêre avait posé des questions sur le club en question, sur la monitrice, etc … j’y avais répondu plus ou moins maladroitement, mais comme je me souciais peu des choses de ce monde, je ne fis le lien qu’après, quand j’appris qu’elle, la mêre de Delphine, l’avait faite arrêter l’équitation. Comme ça. Pouf. Parce qu’elle ne pouvait pas piffer la monitrice … parce que ce n’était pas assez bien pour sa fille. Parce que, parce que, parce que ce n’était qu’une pauvre conne, sûrement. Ce qui est arrivé ensuite l’a démontré.

C’est à partir de là que je ne l’ai vue qu’épisodiquement, la ptite Delphine. On se croisait parfois dans la rue, et on essayait de prendre un peu le temps de discuter …
De la fille à l’apparence normale que j’ai connue, elle a viré un peu punk, un peu reggae … dans son habillement, pis dans son mode de vie surtout. Pourquoi radicalement changer comme ça ? Sans doutes en réaction à sa famille, je pense.
Dans sa famille, ce que j’ai vu, c’est que le standard de vie était assez élevé. Les parents devaient bien gagner leur vie, les parents devaient miser sur un futur brillant pour leurs enfants sans voir leur véritable personalité… Un papa et une maman qui gagnent bien leur vie, une vie sans problème dans des beaux quartiers en région parisienne … Et puis un jour il faut suivre les parents en province. S’enterrer. Oublier ses amis, tirer un trait sur Paris et la vie parisienne … Puis des beaux quartiers aller s’enterrer dans un quartier pas fameux … Et puis peut-être aussi devoir arrêter l’équitation ?…

L’influence du quartier joue beaucoup. Je ne pense pas que dans le collèges des quartiers huppés de Bordeaux elle aurait eu si tôt la tentation de la drogue … La cigarette ? peut-être, sûrement. Mais l’herbe, le shit et tout ce qui suit ? pas si sûr.
Elle s’est taillé une place parmi sa bande en devenant la « fournisseuse » … celle qui a les moyens d’acheter aux dealers et qui ensuite partage avec les copains.

Princesse parmi les vauriens ou manipulée par les malandrins ?
Les deux, je pense.

L’an dernier je ne l’ai que très peu vue. Elle avait toujours son air paumé. Ses grands yeux bleus étaient toujours fatigués et injectés de sang.

Et maintenant ?
Je l’ai perdue de vue depuis six mois.
Pendant tout l’été la maison est restée volets clos. Puis Septembre est venu, j’ai recommencé à passer devant quotidiennement. Octobre est venu. Des ouvriers sont venus effectuer des travaux sur les fenêtres et les volets. Puis un joue en passant j’ai vu entrer dans la maison une fille qui ressemblait à l’idée que je me faisais de la soeur de Delphine (je ne l’avais vue qu’une fois), je ne sais pas si c’était le chapeau melon ou le fait qu’elle me conaissait déja, mais il me semble qu’elle m’a lancé un bref sourire quand je suis passé à son niveau.

À présent, la maison paraît habitée … mais je n’y ai vu personne. Il faudrait que je monte la garde, que je me renseigne. Pour savoir où elle est, ce qu’elle est devenue.

Son ex-copain, une sorte de caïd punk/trash/ du lycée aurait dit qu’elle avait suivi des cures de désintoxication … à part ça, rien, nothing, nitchevo, nada …

À part que je sais pas pourquoi je me fais du mauvais sang, pourquoi je me pose des questions comme ça …
Pourquoi j’aurais aimé que ça n’arrive pas, qu’elle ne sombre pas dans la consommation abusive d’alcool, de tabac et de drogues plus dures … Si elle en est sortie, elle doit à présent être fragilisée, blessée … une telle breche ne se referme pas facilement …

Et si un jour je la revois, je lui dis quoi ?
Si je prépare quelque chose, je ne trouverai jamais l’occasion de le placer, si je ne prépare rien j’aurai jamais la présence d’esprit nécessaire à ne pas dire des platitudes …

Une seule chose, à ce stade là … aller dormir en essayant de ne pas avoir de nouveau le même rêve …

Un jour je vais prendre mon courage à deux mains et faire mon enquête. Quand j’aurai cassé la tête de mes démons intérieurs qui m’empêchent de le faire à présent, par exemple …

Et puis après tout, si jamais …

pis pendant que je rédigeais, j’ai découvert cette chanson des Doors :
Unhappy Girl de l’album strange days

Unhappy girl
Left all alone
Playing solitaire
Playing warden to your soul
You are locked in a prison
Of your own devise
And you can’t believe
What it does to me
To see you
Crying

Unhappy girl
Tear your web away
Saw thru all your bars
Melt your cell today
You are caught in a prison
Of your own devise

Unhappy girl
Fly fast away
Don’t miss your chance
To swim in mystery
You are dying in a prison
Of your own device

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Réactions

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  1. 9 nov 2003 - 22:07 Wh0
    Pauvre Delphine…
    Son histoire est bien triste.
  2. 20 mar 2004 - 17:31 Le Blaugue à Beleg | Inopinément …
    [...] ongtemps, après on peut rayer des noms. Tiens, à propos, je viens de rencontrer la ptite Delphine en allant acheter de la colle. Elle a l’air d’a [...]
  3. 11 fév 2005 - 22:04 melisse
    sui tombée par hasard sur ton blog en cherchan un comentaire sur unhappy girl (je je né tjrs pa trouvé d’ailleurs).bref g été pluto surprise de tombé sur l’histoire d’une inconnue, une histoire très touchante qui plus est, et une histoire com on en croise souvent, très souvent.c’est maran mai cette fille a éveillé ma curiosité, ou alors c toi ki écrit assez bien pr suscité l’intéret des gens.j’ai envie de connaitre la suite.